Des enfants malades sur une planète brûlée : pas formidable, comme vision du futur, non ? Chez Bio Consom'acteurs, nous considérons que la lutte pour une agriculture biologique, locale et accessible, loin de répondre à une seule nécessité, englobe de nombreux enjeux sociétaux. C'est pourquoi nous œuvrons depuis plus de 20 ans pour offrir aux générations futures une planète dépolluée, vivable, et une alimentation compatible avec le vivant.
Aujourd'hui, nous, membres de la société civile, parents, grands-parents, enfants, oncles, tantes, riverains, familles et ami·es de victimes des pesticides, agriculteur·ices, professeur·es des écoles, chef·fes en restauration collective, associations et personnes engagées pour la préservation du vivant et l'alimentation durable, souhaitons adresser une pétition au gouvernement, aux député·es, aux eurodéputé·es, aux maires, aux conseils départementaux et aux conseils régionaux.
Qu'on en ait conscience ou non, nos enfants sont exposés quotidiennement aux pesticides. Pas besoin de vivre en bordure d'un champ pour être confronté·es à la nocivité de ces substances qui se retrouvent dans nos assiettes presque systématiquement. C'est d'autant plus le cas tant que la restauration collective, et notamment les cantines des écoles, n'adopteront pas l'alimentation biologique comme alimentation de base.
En effet, chaque jour, dans les écoles, les collèges et les lycées de notre pays, des millions d'enfants prennent un repas dont on sait qu'il les expose à des substances que la science accuse depuis des années. L'État laisse faire et les incitations restent trop peu efficaces pour voir advenir un modèle alimentaire véritablement bénéfique à la santé de chacun·e.
Recrudescence des maladies pédiatriques. Sols détériorés, appauvris. Meurtre de la biodiversité. Réchauffement climatique. Le modèle agricole industriel, tiré par les grands groupes phytosanitaires, engendre catastrophes sur catastrophes et les jeunes générations sont celles qui en payent déjà le prix.
Ça suffit. Nos enfants ne doivent pas payer leurs profits de leur vie.
Pour Bio Consom'acteurs, protéger les enfants, c'est garantir à toutes et tous une alimentation saine, issue de l'agriculture biologique. Il est temps de faire passer la santé des enfants avant les intérêts économiques de la grande distribution et de l'agroalimentaire. La transition agricole et alimentaire n'est plus une option : elle est indispensable. Nous appelons les élu·es et les candidat·es aux prochaines élections à prendre leurs responsabilités. Nos enfants ont droit à une alimentation sans pesticides. Il n'est plus acceptable de sacrifier leur santé : signez la tribune « Pas de pesticides pour nos enfants » !
Pesticides : un danger depuis longtemps documenté
Leucémies, cancers du système nerveux central, troubles du développement neuropsychologique et moteur : les pesticides ont un lien avéré avec ces maladies, de plus en plus fréquentes chez les enfants exposés. Chez les tout-petits, dont les barrières physiologiques sont immatures et dont les cellules se multiplient intensément, les pesticides agissent davantage. Il est donc crucial de limiter leur exposition à ces substances toxiques, que ce soit dans l'air, dans l'eau, ou dans l'alimentation.
Sources
L'expertise collective de l'INSERM publiée en 2021 établit une présomption forte de lien entre l'exposition aux pesticides chez l'enfant et la survenue de cancers pédiatriques, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. Pour certains insecticides, la présomption forte porte aussi sur des troubles du développement neuropsychologique et moteur. En 2025, l'Anses a alerté à son tour sur les effets de certains insecticides, les pyréthrinoïdes, sur le neurodéveloppement des jeunes enfants.
Selon la carte publiée par Le Monde en décembre 2025 avec le Centre commun de recherche de la Commission européenne, plus de 1,7 million d'écoliers vont en classe sous forte pression pesticides.
Les preuves sont là. Il revient maintenant aux élu·es d'agir.
20 % de bio dans les cantines : on est loin du compte
La loi EGalim (30 octobre 2018), complétée par la loi Climat et Résilience (22 août 2021), oblige depuis le 1er janvier 2022 toutes les cantines scolaires, universitaires, hospitalières et médico-sociales à proposer au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % issus de l'agriculture biologique. Huit ans après le vote de la loi, c'est encore largement lettre morte : la loi est peu appliquée et les sanctions inexistantes.
Or, aujourd'hui, selon l'Agence Bio, le bio représente moins de 7 % des achats de la restauration collective. Selon l'enquête de l'Association des maires de France (2024), seules 18 % des communes respectent les deux seuils. Même parmi les cantines qui déclarent leurs achats sur la plateforme gouvernementale Ma cantine, à peine quatre sur dix, les taux plafonnaient en 2024 à 29,5 % de produits durables et 11,8 % de bio. La loi ne prévoit aucune sanction, et même l'État n'applique pas ses propres barèmes dans les cantines dont il a la responsabilité. Un fait qui nous a poussé·es, aux côtés de Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Agir pour l'Environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat à déposer une demande préalable auprès du gouvernement.
Nos enfants méritent un quotidien sans pesticides
Alors que la loi Duplomb a tenté de réintroduire des pesticides dangereux sur le marché, que la loi « d'urgence agricole » le permet désormais et que la loi Omnibus au niveau européen supprimerait les réévaluations des pesticides, nous devons nous lever pour défendre le droit des plus fragiles à la santé. Mortels pour la biodiversité, les pesticides comme les néonicotinoïdes tels que l'acétamipride (interdit en France depuis 2020 en raison de sa toxicité, que la loi d'urgence agricole d'août 2026 permet de réautoriser), se retrouvent dans nos cultures, dans notre eau et dans l'air. Ces substances toxiques, largement utilisées par l'agriculture conventionnelle, se retrouvent notamment dans l'alimentation de nos enfants.
Or, nos enfants méritent le meilleur. Cela passe notamment par une cantine digne de ce nom : bio, gratuite, équitable, conviviale, faite maison, avec des produits locaux et de saison. Une cantine où la nourriture proposée est à la fois saine, équilibrée, à moindre impact environnemental, et bonne, parce qu'un repas se mange aussi avec plaisir.
Faire de l'alimentation un levier de transition écologique, c'est aussi permettre à celles et ceux qui font notre nourriture d'être justement rémunéré·es pour un travail trop souvent étranglé par un système agro-industriel qui les paie sous le coût de production. Choisir le bio local et équitable dans les cantines publiques garantit un revenu paysan digne, fait vivre les fermes du territoire et cesse de financer avec l'argent public un modèle qui abîme les sols, l'eau, l'air et la santé.
Les pesticides nous coûtent à toutes et tous
Comme l'a affirmé l'Appel de Lorient en octobre 2024, co-écrit par Bio Consom'acteurs et signé par 48 organisations nationales, plus de 170 organisations locales et plus de 2 800 personnes, la bio coûte moins cher à la collectivité que l'agriculture industrielle, dont les coûts cachés (dépollution de l'eau, soins de santé, biodiversité détruite) sont massifs et payés par les contribuables.
Face aux pesticides, les enfants sont les plus vulnérables. Accepter les pesticides au présent, c'est choisir de prolonger le sursis d'un modèle agricole obsolète et mortifère, et faire le choix d'un futur marqué par toujours plus de pénuries et de maladies.
Nos demandes
Aux élu·es et responsables politiques, à toutes les échelles (Union européenne, État, Parlement, régions, départements, communes) qui ont, chacun·e dans le périmètre de ses compétences, la responsabilité directe ou indirecte de l'exposition de nos enfants aux pesticides dans l'espace public, nous demandons un engagement clair, immédiat et chiffré sur les mesures suivantes :
Nous appelons les élu·es à faire de la protection de la santé des enfants et de la transition agricole et alimentaire une priorité de leur mandat.
1. Une commande publique visant le 100 % bio et local dans nos écoles
Nous demandons à ce que soit respectée la loi EGalim dans les cantines des écoles et des crèches et que soient publiés chaque année les résultats. Nous souhaitons voir adopter une trajectoire chiffrée vers 100 % de produits biologiques, locaux et de saison, cuisinés sur place autant que possible. Pour nous, il s'agit aussi de donner aux paysan·nes des débouchés rémunérateurs en développant les achats publics auprès des fermes bio du territoire et en favorisant des contrats durables garantissant une rémunération juste aux producteur·rices.
2. Des fermes bio plus nombreuses sur nos territoires
Soutenir l'installation et la conversion des fermes en agriculture biologique, préserver les terres agricoles et mobiliser les outils fonciers, les aides et les partenariats locaux pour développer une agriculture sans pesticides de synthèse. Pour ce faire : augmenter et pérenniser différents leviers économiques comme le crédit d'impôt et valoriser les produits de l'alimentation biologique.
3. Zéro enfant exposé aux pesticides dans les lieux de vie
Renforcer la protection des enfants autour des écoles, des crèches, des aires de jeux et des autres lieux qu'ils fréquentent, agir sur les espaces relevant de la collectivité et soutenir les mesures de prévention de l'exposition aux pesticides.
4. Une alimentation bio et de qualité accessible à toutes et tous
Soutenir immédiatement l'accessibilité des populations plus sensibles et plus précaires à l'alimentation bio de produits frais peu transformés : la généralisation de paniers gratuits de légumes bio pour les femmes enceintes et dans les 1000 premiers jours de l'enfant, des chèques alimentaires vers les produits bio et équitable pour les étudiant·es, les ménages les plus précaires, et les personnes les plus sensibles.
5. Des moyens pour cuisiner autrement et former les équipes
Financer la rénovation des cuisines, le développement du fait-maison et la formation des cuisinier·es, des gestionnaires et des acheteur·ses publics à l'alimentation durable et biologique, à la saisonnalité et aux menus végétariens.
6. Des politiques publiques à la hauteur de l'urgence
Adopter un plan territorial pour la transition agricole et alimentaire, avec des objectifs chiffrés, un calendrier, un budget et un suivi public annuel. Porter auprès de l'État et de l'Union européenne des exigences renforcées de protection contre les pesticides et s'opposer aux reculs réglementaires, notamment ceux prévus par la loi Omnibus. Pour concrétiser ces réformes, nous demandons la création d'une nouvelle Politique Agricole Commune, notamment à partir des travaux du Collectif Nourrir, et favorisant la transition alimentaire et agricole.
Les demandes édictées ci-dessus (et de nombreuses autres) ont été pour la première fois formulées en détail au sein de l'appel de Lorient, signé par des centaines d'organisations.
Les politiques doivent agir
Nos enfants ne doivent pas payer de leur santé le prix d'un système agricole et alimentaire que la science met en cause, que la loi tente de corriger et que la société civile dénonce depuis des décennies. Les paysannes et paysans qui font le choix de la bio méritent un soutien à la hauteur de ce qu'ils apportent à la santé publique, à l'environnement et aux territoires. Il appartient aux élu·es, à chaque échelon, de faire en sorte que nos enfants ne soient pas exposés à des produits dont la toxicité est depuis longtemps prouvée et décriée.
Hommes et femmes politiques, que vous travailliez au niveau local, territorial ou national : nous suivrons vos décisions, leur calendrier et leurs effets dans nos écoles, nos collèges, nos lycées et nos territoires. Nous ne lâcherons rien.
- INSERM, expertise collective Pesticides et santé, nouvelles données, juin 2021.
- Anses, signaux sanitaires sur les pesticides et la santé des jeunes enfants, avril 2025.
- Santé publique France et Anses, étude PestiRiv, septembre 2025 ; Santé publique France, étude Esteban.
- Le Monde et Centre commun de recherche de la Commission européenne, carte de l'exposition des écoles aux pesticides, décembre 2025.
- Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 (EGalim) ; loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et Résilience).
- Agence Bio, carnet restauration hors domicile, novembre 2025 ; Ma cantine, bilan statistique EGalim (achats 2024), janvier 2026.
- Association des maires de France, enquête sur la restauration scolaire, 2024.
- Cour administrative d'appel de Paris, « Justice pour le vivant », 3 septembre 2025.
- Demande préalable EGalim, Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom'acteurs, Agir pour l'Environnement et Collectif Les Pieds dans le Plat, 17 septembre 2026.
- Appel de Lorient, la Bio pour la Vie, 20 octobre 2024.